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Le Myanmar : des gens en or!

Le Myanmar est un autre de nos coups de tête. Comme d’autres destinations où nous sommes allés dans le passé, ce pays ne figurait pas sur notre itinéraire initial. Nous l’avions mis de côté, non par manque d’intérêt, mais à cause de sa logistique plus complexe. Il n’y a pas si longtemps, il n’y avait pas de frontières terrestres « ouvertes » pour les étrangers, si bien qu’il fallait prendre l’avion pour visiter le pays. Mais depuis quelques années, le Myanmar mise sur son ouverture sur le monde et a ainsi autorisé l’accès d’entrée et de sortie à son territoire par quelques postes frontaliers avec la Thaïlande. Ceci est merveilleux pour nous, puisque nous pourrions ainsi quitter le pays sans prendre d’avion, ce qui, avec nos vélos, est logistiquement lourd. Mais outre ces considérations d’ordre monétaire, c’est notre profonde curiosité pour ce pays qui nous a poussés à faire une folie et à acheter nos billets d’avion pour Yangon.


Nous quittons Kuala Lumpur, où la famille de Peter nous a gentiment hébergés


Nous désirions aussi profiter du pays avant qu’il devienne une destination trop touristique. C’est seulement après l’élection de 2010 et la libération de la leader pro-démocratie Aung San Suu Kyi, après plus d’une décennie confinée à sa demeure de Yangon, que le pays est enfin devenu assez sécuritaire pour les touristes étrangers. Ainsi, depuis cinq ans, ceux-ci affluent, toujours plus nombreux à chaque année. Pour le meilleur et pour le pire, les choses changent à une vitesse incroyable au Myanmar et nous voulions voir et vivre ce changement.


Notre arrivée en sol birman se fait tout en douceur. On remarque tout de suite l’incontestable gentillesse des gens. Ici, pas de regards dérangeants, seulement de grands sourires. On assemble les vélos à quelques mètres de l’entrée principale et ce, sans que ça ne dérange qui que ce soit. Le personnel se propose même à disposer de nos boîtes pour nous.


Je m’attendais à retrouver à Yangon le genre de chaos qui règne dans la plupart des métropoles asiatiques. Mais sans doute à cause de son héritage colonialiste anglais, la ville est assez bien ordonnée et propre. Les rues sont larges, de grands arbres procurent de l’ombre. On retrouve avec bonheur la frénésie et la vitalité qui nous manquait quelque peu en Malaisie. Il y a des gens partout dans les rues, on klaxonne plus fort que le voisin, c’est vivant quoi!


La pagode Shwedagon Paya, à Yangon


Notre visa de 28 jours nous a par contre contraints à visiter rapidement cette ville qu’on aurait bien aimé découvrir davantage. Pour un cycliste, le Myanmar est bien grand pour être pédalé en si peu de temps, il a donc fallu faire des choix. Le « triangle d’or » que forment les destinations touristiques de Bagan, Mandalay et Inle se situant à plus de 600 km de Yangon, on ne pouvait vraisemblablement pas espérer faire l’aller-retour à temps pour atteindre le poste-frontalier de Myawaddy. Nous avons néanmoins décidé de relier Bagan depuis Yangon, une première étape de plus de 650km.


L’information disponible étant limitée aux blogs de cyclistes ayant pédalé au Myanmar, on ne sait pas trop à quoi s’attendre en quittant Yangon. Nous optons pour l’autoroute 2 et espérons que ce ne sera pas trop chaotique. À notre grande surprise, on a mal nommé cette route qui, selon nos standards, ressemble davantage à une route de campagne qu’à une autoroute! Après avoir quitté l’enceinte de la ville, le trafic s’amoindrit et on oublie rapidement que l’on circule sur une autoroute. Les gens sont d’un accueil incroyable. On nous salue d’un « Mingalabar » fréquemment, lorsqu’on ne se fait pas envoyer la main et sourire à pleines dents. Des dents souvent teintées du rouge si singulier que laisse la noix de bétel, chiquée par une grande partie de la population. L’adage est donc vrai : Les Birmans sont généreux de leur sourire, mais ont les pires dents!


Deux curieux viennent voir nos vélos... Et nos casques!


Ce qui ne nous empêche pas de nous attacher d’emblée à ces gens réservés, mais gentils. Lors de cette traversée vers le nord, on ne peut que remarquer tous ces petits détails de la vie rurale que nous adorons : les jeunes filles qui s’en vont à l’école le matin et qui, sur leur vélo tout rouillé, nous sourient timidement; les innombrables motocyclistes qui nous dépassent et dont la passagère arrière, assise sur le côté avec son « longgyi » (jupe traditionnelle), nous envoie la main; ces fermiers sur leur charrette de bois, tirée par des bœufs, qui, lorsqu’on leur dit bonjour, hésitent à nous répondre en se demandant sans doute ce qu’on fait là...


Ce qui rend le vélo si intéressant au Myanmar, c’est de vivre ces scènes à répétition. On ne se lasse pas de la sincère bonne humeur qui se dégage de ce peuple. Si loin du circuit touristique traditionnel, on goûte à cette authenticité si nourrissante. Et c’est franchement revigorant de pédaler quelque part et se sentir accueillis, protégés et appréciés par la population locale. On en profite!


C’est jour de marché en ce samedi et tout le monde est invité!


En tant qu’étrangers, le seul bémol à cette histoire d’amour est que l’on doive rester dans des hôtels qui sont autorisés à nous accueillir. Et ceux-ci peuvent parfois être assez éloignés les uns des autres, si bien qu’on a dû pédaler plus de 100km plusieurs jours afin de se rendre aux centres urbains où étaient situés ces hôtels. Évidemment, ces établissements haussent leur prix en conséquence, ce qui peut être quelque peu frustrant lorsqu’on est habitué à un prix inférieur. Et il n’y a pas d’autre option, le camping est interdit! Bien sûr, ces mesures sont mises de l’avant pour assurer la sécurité du voyageur étranger nous dit-on, mais cela apporte une certaine rigidité à notre itinéraire, car l’improvisation y est impossible.


Plus nous avançons vers le nord, plus nous sentons que l’environnement évolue autour de nous. Nous passons d’une route bordée d’arbres géants et de rizières verdoyantes à un paysage plus aride. Les plaines de l’Irrawaddy font peu à peu place à des vallons où nous nous ennuyons de l’ombre bienfaitrice des arbres. En cette fin de mousson, tout semble en ébullition, plein de vie. Les gens travaillent fort, avec peu d’équipement, et nous leur levons notre casque d’être si vaillants par une chaleur parfois si écrasante. Les plus souriants sont ceux qui semblent travailler le plus fort.


Un fermier birman laboure avec « sa charrue et ses boeufs! »


Sur notre route, nous avons aussi l’occasion de mesurer toute l’ampleur de la ferveur bouddhiste du pays. Ici, près de 90% des habitants prient Buddha et on voit des pagodes et des temples dans tous les villages. Le matin, voir les jeunes apprentis moines en file récolter leur bol d’offrandes des mains des croyants est touchant. Toutes religions confondues, je me questionne sans cesse sur le financement de ces bâtiments religieux. Ici, les pagodes sont souvent dorées et bien que ce soit peinturé, il s’en dégage néanmoins une certaine grandeur. Même son de cloche lorsque je vois des représentations de Buddha hautes de plusieurs mètres : mais où trouvent-ils l’argent? Ah je sais, il y a des gens riches partout, mais en pédalant dans cette vaste région rurale, ce qui frappe d’abord, c’est la précarité des habitations. Ça me fascine que le si merveilleux côtoie des gens qui s’exténuent uniquement pour subvenir à leur besoin de base. Et de penser que ce sont sûrement ces mêmes personnes qui donnent pour construire ces bâtiments religieux, cela m’apparait incompréhensible Il faut croire que la religion n’est pas un enjeu assez logique pour moi...


Certes, le Myanmar est connu pour sa ferveur bouddhiste et ses lieux spirituels impressionnants. Les nombreuses pagodes, à Yangon et Mandalay notamment, sont réellement grandioses. Mais je crois néanmoins que le site historique de Bagan est le plus invraisemblable de tous. Nous y sommes arrivés, donc, après une semaine assez intense, mais agréable. Site classé au patrimoine de l’UNESCO, la plaine de Bagan est constituée de plus de 2000 temples à ce jour, alors qu’elle en comptait plutôt 8000 lors de son âge d’or au XIIe siècle! Et tout ça sur un territoire d’environ 50 km2!


On visite Bagan à vélo.


Évidemment, certains temples majeurs attirent davantage les foules, mais ce qui est magique de Bagan, c’est qu’il est facile (surtout à vélo!) d’aller se perdre dans les dédalles des temples. Certains sont brillamment restaurés alors que d’autres sont poussiéreux et sombres. Étant en basse saison, on se retrouve seuls à plusieurs reprises et nous nous sentons comme Indiana Jones en train d’explorer des endroits intouchés. Ce qui est le plus impressionnant est de monter au sommet des plus hauts temples (accessibles) et de voir toutes ces petites flèches qui percent l’horizon et qui nous font réellement réaliser toute l’ampleur du site. Y en a-t-il vraiment autant? Disons-le, nous, qui ne sommes pas très friands de visites touristiques, avons été ébahis par ce site enchanteur.


Mais bon, la magie est de courte durée et il nous faut éventuellement retourner à notre hôtel et à l’aspect plus agaçant du tourisme : les prix élevés, le harcelage, les sourires plus coûteux... Bref, on s’ennuie rapidement du contact privilégié que nous avons avec les gens, et ce, même si notre seul système de communication est le mime. Et je vous jure que mimer un oeuf, c’est gênant! Au moins, ça divertit les Birmans...


En pleine période électorale! Sur l’affiche, Aung San, le père « héros » de Suu Kyi.


Cela ne nous prend que deux jours atteindre Mandalay, deuxième plus grosse ville du Myanmar. Se sentant les jambes encore lourdes de nos quelques centaines de kilomètres depuis Yangon, nous nous arrêtons un peu à Mandalay. Encore une fois, les plans ont changé et la route que nous désirions emprunter pour rejoindre le lac Inle est apparemment interdite aux touristes. Ne voulant pas prendre le risque de se faire arrêter par la police et envoyé illico à Inle, nous changeons notre itinéraire. Surtout qu’en pleine période électorale, la police est assez présente. Un vent de changement s’amorce au Myanmar et la démocratie y fait sa place tranquillement. Partout, on voit les couleurs du NLD, parti représenté par Aung San Suu Kyi et qui, s’il est élu, remplacera la junte militaire qui gouverne depuis des décennies. Alors que le Myanmar se bat pour la démocratie, chez nous, on se bat pour une burqa. Pas les mêmes combats, en effet.


Alors voilà, après s’être fait vanter les mérites de ce pays aux portes de sa démocratie, je ne peux qu’être d’accord avec toutes les louanges qu’on m’en a faites. La nourriture est bonne, la bière abordable et les paysages authentiques. Mais ce qu’on réalise en sillonnant ce pays, c’est que ce ne sont pas uniquement ses pagodes qui sont en or, mais ses habitants également.


Merveilleux temple de Bagan.

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